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Bab-el-med, Muzzika septembre 2014

Raul Barboza, Francis Varis, Zé Luis Nascimento, Chamamemusette !

Le Hangar/Socadisc

COUV-CHAMAMEMUSETTEVoilà deux immenses accordéonistes réunis, venant chacun d’univers différents. L’un, Francis, est français, et bien qu’il se frotte volontiers aux musiques du monde, est nourri de musique classique européenne - son dernier album nous offrait des suites de Bach, qui sont sa pratique quotidienne chaque matin. En outre, comme tout accordéoniste français, Francis Varis est pétri de musette, cette musique populaire de danse qui coïncida avec l’âge d’or de l’accordéon, pendant toute la première moitié du XX° siècle - quand les bals populaires animaient encore les samedis soirs de la France entière.

Face à lui, Raul Barboza, Argentin, est pénétré du «Chamame», cette musique du Nord-Est de l’Argentine, reposant sur l’accordéon et la guitare, et qui comme le forro brésilien, mêle les traditions musicales des Indiens et celles apportées par les émigrants européens. Chamame qui intègre, comme les musiques des Indiens d’Amérique du Sud aiment le faire, les sons d’oiseaux et de la forêt, pour les reproduire avec des instruments...

Voilà donc un disque magnifique - car la somme de deux talents est toujours, en musique, un multiple de deux ! Surtout si l’on y joint un troisième artiste, pour rythmer tout cela, le percussionniste brésilien Zé Luis Nascimento, qui accompagne souvent les rencontres musicales rares. Nos deux accordéonistes-poètes - c’est ainsi que nous les avons baptisés - y livrent un répertoire mêlé, qui inclut «La foule» que chanta Piaf - originellement une chanson vénézuelienne intitulée «Que nadie sepa mi sufrir» (Que personne ne connaisse ma souffrance) ; des compositions de Jo Privat (9 rue de Lappe) ou Gus Viseur (Swing valse), rois disparus du musette ; et des compositions originales de l’un (Indécise, de Francis Varis) ou de l’autre (Gaucho de Porto Alegre, de Raul Barboza).

Pourquoi «accordéonistes-poètes» ? Car chacun sait dévoiler la part poétique d’un instrument lorsqu’il se fait léger, allusion, souffle, plaisir chuchoté tout bas. Ecoutez, c’est magique et doucement euphorisant ... comme une valse musette, comme une journée passée en forêt, avec les oiseaux...

Nadia Khouri-Dagher,  Babelmed  Muzzika  septembre 2014