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L'autre bistrot des accordéons (Blog) - 29 août 2014

francis-varis-accordeon-chamamemusette... Depuis la réception de "Chamamemusette", nous l'avons écouté trois fois. En boucle. Une fois aurait suffi pour comprendre cette évidence : cet album est une vraie réussite. On pouvait s'y attendre. En tout cas, notre admiration pour Francis Varis, accordéon-piano, pour Raul Barboza, accordéon-boutons et pour Ze Luis Nascimento aux percussions nous avait préparé à cette évidence. D'une part, un Français, qui a parcouru le monde en tous sens et qui a croisé avec un égal bonheur maints styles de musique : musette, jazz, musiques méditerranéennes... Bach, les suites pour violoncelle  ; d'autre part, un Argentin, qui a aussi, à partir de son Amérique du Sud, parcouru l'Atlantique aller-retour maintes fois ; enfin un percussionniste brésilien dont on ne compte plus le nombre d'albums ; bref ! un trio de haut vol. Un vrai trio avec un son immédiatement identifiable. Non pas la simple addition de trois talents et de trois styles ; non ! Un style spécifique. La rencontre donc de trois instrumentistes : deux accordéonistes et un percussionniste. La rencontre aussi de trois styles de musique : le chamamé, dont Raul Barboza est l'un des plus prestigieux représentants ; le musette, à la fois ancré dans l'univers parisien et métissé par le jeu d'influences diverses ; les percussions avec leur chaleur et leurs couleurs brésiliennes.

L'album est donc composé de onze titres : 1. trio ; 2. duo Varis/Barboza ; 3. trio ; 4. trio ; 5. duo Varis/Barboza ; 6. trio ; 7. solo Varis ; 8. duo Barboza/Nascimento ; 9. duo Varis/Nascimento ; 10. trio ; 11. solo Barboza. Un bel équilibre ! Onze pièces d'une durée entre 3:30 et 4:50. Une forte unité et une cohérence qui s'impose dès la première écoute. En tout cas, un album comme un puzzle dont les pièces se font écho et qui se construit au fur et à mesure de l'écoute comme un ensemble. Pas seulement comme une suite de morceaux.

Parmi les pièces donc de cet album, j'en ai découvert certaines et reconnu d'autres. Reconnue : "Que Nadie Sepa Mi Sufrir (La Foule)", qui introduit l'ensemble avec bonheur. Comme on connait bien cette mélodie, on a tout loisir, d'entrée de jeu, de bien apprécier la complémentarité et la spécificité du trio. Reconnues encore : "Neuf Rue de Lappe" de Jo Privat, "Indifférence" de Murena et Colombo, "Swing Valse" de Gus Viseur. Mais encore, "La Tierra Sin Mal" de Barboza ou "Gaucho de Porto Alegre" du même.

Parmi les inédits, du moins pour moi, "Indécise" ou "Chamamemusette" de F. Varis, "Improvisacion" ou "Sans Réponse" de Barboza. Avec une affection particulière pour la valse "Indécise" qui pourrait faire partie des classiques comme les autres valses de cet album.

A l'heure actuelle, je sais que cet album fait partie de mes albums de prédilection. C'est une évidence qui n'implique aucune démonstration, ni raisonnement pour être fondée. Le plaisir suffit comme justification. Par contre, il est plus difficile d'expliciter et encore plus difficile d'analyser cette évidence pour essayer de la partager. Dans un texte de présentation, Philippe Krümm, écrit ces mots à propos de la musique de cet album : "Et l'on comprend alors le sens des mots suivants : générosité, partage, complicité, gourmandise..." Pour ma part, je souscris à cette proposition, mais j'y ajouterais volontiers quelques éléments supplémentaires. Dans un article en date du dimanche 17 août, j'essayais de montrer la présence de trois composantes d'un concert réussi, à savoir la maîtrise technique, la créativité et l'émotion. Je reprendrais volontiers ici ces mêmes trois éléments pour expliquer pourquoi cet album est pour moi un tel plaisir. Mais, dans un autre article en date du 21, je me faisais l'écho d'une analyse de Françoise qui ajoutait à ces trois éléments un quatrième qu'elle identifiait comme "relâchement". Je reprends ici son idée : on perçoit bien en effet dans le jeu et la présence du trio un relâchement, non point au sens de défaut d'énergie mais, tout au contraire, au sens d'absence de crispation, au sens d'énergie bien contrôlée. Réflexion faite, ce serait en effet ce que je retiendrais en priorité de ces premières écoutes de "Chamamemusette",  une énergie
harmonieusement  distribuée. Du grand art !

Michel Rebinguet, l'Autre Bistrot des Accordéons 29 août 2014