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ENA hors les murs

L'ENA hors les murs

musique baroque, Johann Sebastian Bach

Suites pour violoncelle 1, 5 et 6

Francis VARIS, accordéon.

Pour Francis Varis, les suites pour violoncelle constituent une escapade, une méditation maintes et maintes fois abordée, un archipel où il fait bon se ressourcer. C'est plus précisément pendant ses pérégrinations musicales à travers le monde entier que cet accordéoniste inclassable a fait escale chaque matin de nuit d'hôtel sur les terres de J.S.Bach. Restée personnelle jusqu'à maintenant, cette "rumination" est partagée en cet enregistrement et elle y trouve son parfait accomplissement.
Immédiatement, la qualité du timbre de l'accordéon provoque la surprise car ici, l'habituelle solennité du violoncelle, son amplitude et sa puissance s'estompent devant une voix plus intime, comme prise de l'intérieur même de l'instrument, son âme. La vibration change, elle aussi, façonnée par les soufflets de l'instrument. Cependant, de même que le violoncelliste travaille ses phrases au passage de l'archet, l'accordéoniste les sculpte à l'air de ses soufflets. D'un souffle à l'autre, d'un frottement à l'autre, l'articulation des instruments se ressemble étrangement. Il est vrai que violoncelle et accordéon doivent tirer et pousser s'ils veulent vaincre l'aphonie! C'est ce que traduit fort bien Francis Varis lorsqu'il écrit :"Les vents et les cordes ont une merveilleuse puissance expressive, ils peuvent littéralement donner chair à la mélodie."
La puissance expressive, voilà bien ce que l'on peut retenir de cette interprétation. Du reste, tel un sculpteur, Francis Varis fait apparaître du flux continuel des notes écrites par Bach, un relief, des formes, au gré de ses césures et respirations. Les attaques elles-même, d'une infinie délicatesse, permettent au son d'affleurer le silence... ou de le rompre énergiquement. Le dessin étant pleinement maîtrisé, il ne reste plus à Francis Varis qu'à réger la question de la vitesse du crayon. Là encore, pur bonheur que de suivre les élancements et les retenues parfaitement corrélées en une chorégraphie magnifique de notes. Enfin, l'utilisation des notes de basse de l'accordéon, riches en harmoniques, pour obtenir les sons les plus graves de la partition, instaurent une véritable ponctuation. Lors, découle de ces suites un pouvoir de narration plus explicite que d'ordinaire.
Sans doute, ces oeuvres entre parenthèses, en transitant par Kigali, Séoul, Istamboul, Lille ou Jaïpur, entre autres villes de passages obligés pour les concerts de Francis, se sont imprégnées de nouvelles couleurs, de nouvelles odeurs. Autant d'atmosphères modelant de manière indicible le jeu subtil et poétique de cet accordéoniste. Autant d'invitations à entendre Bach autrement, pour notre plus grand épanouissement de mélomane, évidemment...

L'ENA hors les murs, juin 2012